Comment parler différemment à nos enfants ? Comment leur assurer une autre éducation ? Béatrice Bellisa, psychologue, a récemment tenté de répondre à ces questions, à l’occasion d’une conférence, organisée par l’association Perfect Union. Sa solution : la méthode Gordon.

L’association Perfect Union, créée il y a quelques mois, et qui a pour objectif de « contribuer à un développement durable et équilibré pour tous » avait organisé en fin d’année dernière sa première conférence au Lamentin. Thème de la rencontre : « Comment contribuer à un monde meilleur ? » . Pour cette première initiative, Perfect Union que dirige Jean-Philippe Pancrate avait convié la psychologue, Béatrice Bellisa, qui anime fréquemment des séminaires à l’attention des parents. Ce soir-là, dans l’assistance, il y avait des responsables d’association, des étudiants, des chefs d’entreprise, des salariés, des enseignants ou le simple particulier qui n’avait jamais entendu parler de Béatrice Bellisa et encore moins de la méthode Gordon, l’une de ses spécialités.

« Ce sont nos enfants et nos petits enfants qui deviendront les élites de demain ou qui devront participer au développement de ce territoire » , explique Jean-Philippe Pancrate. « Par conséquent, si nous en tant que parents, nous parvenons à comprendre que nous pouvons améliorer l’éducation de nos enfants, cela pourra peut-être contribuer à un monde meilleur en Martinique » .

La Communicationdite non-violente (C.N.V.)

« Depuis douze ans, cela a toujours été l’objet de mes passages dans l’île » , souligne Béatrice Bellisa. « J’ai effectué des formations pour les parents, pour les ouvrir au changement, s’agissant de leur façon de faire. Car on s’aperçoit qu’ils agissent comme leurs parents et comme on a toujours fait. Cependant, leur participation aux stages prouve qu’il y a des choses à changer » .

Mais qu’est-ce que la méthode Gordon ? Mise au point par le docteur Thomas Gordon, aux États-Unis, dans les années 1950, cette approche se retrouve dans la démarche dela Communicationdite non-violente (C.N.V.). La méthode se fonde sur un postulat simple : celui de la « satisfaction mutuelle des besoins » . En effet, si j’ai un problème que je ne peux pas exprimer, ou si l’autre a un problème non-exprimé, ou que je ne l’écoute pas, nous ne pourrons pas avoir une vraie communication. Le principe va donc être de provoquer la confrontation des besoins. Les besoins peuvent être d’ordre factuel ou d’ordre émotionnel. Il s’agit aussi d’éviter les « messages à risques » qui sont de douze types : ordre, menace, morale, sermon, conseil, critique, flatterie, apaisement, analyse, jugement, question et ironie.

Au cours de la conférence, Béatrice Bellisa a dénoncé les attitudes que trop de parents adoptent. « Un enfant vous embête, vous dîtes : tu es insupportable! Et moi, j’apprends aux parents à dire : je ne supporte pas ce que tu fais. Cela évite de le cataloguer » . Pour Béatrice Bellisa, il est temps de bannir ces phrases accusatrices telles que « tu es maladroit » , « tu es impossible » , « tu es paresseux » …

La parole des adultes est souvent formatée, faite de jugements à l’emporte-pièce, de généralisations. « Les enfants entendent cela à longueur de temps » , insiste la psychologue. « Lorsque votre enfant traverse la route, dites-lui : j’ai peur que tu te fasses écraser et non pas tu es insupportable, reste ici » , explique la psychologue. Selon Béatrice Bellisa, il faut par conséquent éviter de moraliser et privilégier l’écoute emphatique. « Un jour, un papa, me dit : mon fils a reçu une de ces fessées qu’il s’en souviendra » , poursuit-elle, face à une assistance attentive. « Je lui ai répondu qu’il se souviendra de la fessée et qu’il ne traversera plus quand vous serez là, parce qu’il aura peur de son père. Or, si le papa lui dit : j’ai eu peur que tu te fasses écraser, on sent que le parent aime son enfant parce qu’il a peur qu’il disparaisse » .

Le message-Je au lieu du message-Tu ou Vous

En somme, il s’agit de s’attribuer les choses et de ne plus faire porter à l’autre la seule responsabilité d’un problème. Nous avons une fâcheuse tendance à utiliser le « message-Tu » ou le « message-Vou » . Ces formulations peuvent être très mal ressenties et envenimer la situation. Exemple : « Vous ne devez pas faire comme cela! » , « Tu dois savoir que… » , etc. Le message efficace est donc celui qui dit « Je » , et qui décrit à l’autre notre ressenti.

Autre exemple et non des moindres : « L’enfant a une mauvaise note, il n’est pas content » , énonce la conférencière. « Qu’est-ce que le parent fait ? Il le gronde au lieu de lui dire : tu es déçu. Peut-être qu’il avait bien travaillé et surtout s’il avait bien travaillé… Les parents, comme les enseignants d’ailleurs, ne voient que le résultat total. Les efforts fournis ne comptent pas. On attend la bonne note. Je dis aux parents que l’enfant peut ne pas réussir mais s’il a fait des efforts, s’il a travaillé et malheureusement pour un résultat qui n’est pas tout à fait satisfaisant, félicitez-le pour l’effort qu’il a fait » . Dernier exemple : « Un enfant pleure, on lui dit : arrête de pleurer parce que ça nous agace de l’entendre. Or, c’est son corps qui s’exprime » , insiste la psychologue. « Les larmes, ce ne sont pas les enfants qui décident de les faire couler. Pour vous, il n’y a pas de raison. La raison, c’est la tête. Le ressenti, c’est le plexus ou le ventre » .

Brigitte, enseignante, se dite satisfaite de cette rencontre. « Il faut garder espoir car certains parents sont déjà dans une démarche de changement, il y a des initiatives individuelles qui sont entreprises. Si on s’y met tous, on pourra y arriver » .